Doctrine politique prônant l'implication de l'armée dans l'organisation interne de l'État et le recours à la force militaire dans les relations internationales.
Selon les tenants du militarisme, l'armée est le meilleur instrument dont dispose un pays, tant pour mener ses affaires intérieures que pour gérer ses relations extérieures. Dès lors, ils prônent, d'une part, la suprématie de l'armée dans l'organisation politique de l'État et, d'autre part, la primauté du recours à la force militaire dans les rapports avec les autres États. Cela implique de concentrer une part substantielle voire essentielle des efforts et des moyens en faveur de l'augmentation et de l'amélioration des capacités militaires du pays.
Le militarisme a connu diverses incarnations au cours de l'histoire. Même si ces régimes politiques diffèrent les uns des autres sur de nombreux points, ils présentent plusieurs caractéristiques fondamentales communes. Ils appuient principalement leur pouvoir sur l'armée. Leur politique repose sur l'utilisation de la force militaire pour assurer la défense, la promotion et le développement des intérêts du pays et des « valeurs nationales ». La carrière sous les drapeaux est valorisée voire glorifiée, et les militaires (ou, du moins, les cadres militaires) forment une classe privilégiée. À l'international, l'État conduit (au moins dans ses discours) une politique belliciste, souvent expansionniste voire impérialiste. À l'intérieur de ses frontières, il entend mobiliser la société, dans toutes ses composantes et dimensions (éducation, culture, économie, politique, etc.), en faveur de la sécurité nationale. Cette militarisation générale de la société prend notamment la forme d'une montée en puissance d'un complexe militaro-industriel national, tant sur le plan économique (les capitaux et autres ressources sont prioritairement dévolus à l'accroissement et à l'évolution du potentiel militaire du pays) que sur le plan politique (les dirigeants de l'industrie de l'armement sont en position d'influencer les gouvernants, voire sont officiellement investis d'un rôle de conseil auprès de ceux-ci).
Dans certains cas, l'armée acquiert une autonomie telle qu'elle devient un « État dans l'État » : elle vit alors en situation de déconnexion par rapport au reste de la société. En particulier, elle échappe au contrôle du monde politique et elle fonctionne selon ses logiques, objectifs et calendriers propres. Il arrive même que les hautes autorités militaires prennent l'ascendant sur les dirigeants politiques dans la conduite des affaires de l'État (administration intérieure et relations extérieures).
En Belgique, la pensée militariste est toujours demeurée très minoritaire. Au cours de l'histoire du pays, elle n'a guère été portée que par des personnalités rares et isolées. Certes, depuis son indépendance, la Belgique s'est toujours dotée d'une force militaire. Et à certaines époques, comme à la veille immédiate de la Seconde Guerre mondiale, les dépenses militaires ont représenté une part non négligeable du budget général de l'État. Mais le pays n'a pas connu de projets visant à faire de l'armée un élément central de son fonctionnement, de ses institutions et de ses politiques. Historiquement, la Belgique a essentiellement vécu des périodes de neutralité (soit imposée en vertu du droit international, entre 1831 et 1914, soit choisie, entre 1936 et 1940) et des périodes de partenariat international de défense militaire (dans le cadre de l'accord militaire défensif franco-belge entre 1920 et 1936, et dans le cadre de l'OTAN depuis 1949).
