pilier


Ensemble d'organisations qui ont une idéologie commune et qui veillent à son influence dans l'organisation de la société.

Nous entendons ici « pilier » au sens, de provenance hollandaise, de zuil. En ce sens, un pilier est un ensemble d'organisations qui partagent une même tendance idéologique : de manière plus ou moins complète selon les cas, un pilier peut se composer d'un syndicat, d'une ou de plusieurs mutualités, d'organisations professionnelles de classes moyennes ou d'agriculteurs, de mouvements de jeunesse et d'éducation permanente, d'écoles privées ou publiques, d'associations culturelles, sociales, etc. Par leur action et par leurs revendications, ces organisations s'efforcent de jouer un rôle dans le fonctionnement de la société civile, dans les procédures de consultation et de concertation, dans l'élaboration des lois et dans la lutte pour le pouvoir politique. On parle de « pilarisation » de la société (verzuiling, en néerlandais) pour désigner ce phénomène qui s'est développé pendant plus d'un siècle aux Pays-Bas et en Belgique.

Au sein de chaque pilier, il peut exister un parti politique, mais ce dernier n'est qu'une composante parmi d'autres du pilier : ce sont les forces à l'œuvre dans la société qui sont à l'origine des piliers et non les partis. D'un cas à l'autre et d'une époque à l'autre, l'influence du parti sur les autres composantes du pilier varie fortement. Historiquement, ce sont plutôt les piliers qui ont influencé, pénétré ou créé les partis, dans lesquels ils voyaient une courroie de transmission efficace pour la défense de leurs priorités. En Belgique, les principaux piliers correspondent aux trois partis politiques traditionnels (chrétien, libéral, socialiste), qui sont linguistiquement dédoublés depuis plusieurs décennies sans que, pour autant, les syndicats ou les mutuelles se soient scindés sur une base linguistique.

Il y a d'autant moins de correspondance stricte entre un pilier et un parti qu'il existe de nombreux partis sans pilier (extrême droite par exemple), et des partis qui récusent la constitution d'un pilier alors qu'ils sont nés d'une nébuleuse d'associations diverses (écologistes par exemple). En outre, un pilier peut être traversé par de fortes nuances internes, voire par des tensions : le pilier chrétien, par exemple, est loin d'être homogène en matière socio-économique voire religieuse.

Les organisations qui composent un pilier entretiennent traditionnellement des relations entre elles, et ont tendance à considérer les autres piliers comme des adversaires potentiels, ce qui a conduit ces différents « mondes » à un certain cloisonnement. Le cloisonnement a été accru par la création de mécanismes légaux assurant une représentativité à certaines tendances dans des processus de consultation ou de concertation, ou garantissant le pluralisme de certains organes.
Les organisations d'un pilier peuvent se « dépilariser », s'ouvrir plus ou moins largement à une diversité idéologique jusque-là non reconnue, comme l'a fait le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) depuis 1972. La multiplication, depuis les années 1970, d'organisations pluralistes, rassemblant des membres sans rapport avec un pilier ou appartenant à des piliers différents, a contribué à la perte d'influence des piliers : ils ne constituent plus un mode de structuration de la société aussi déterminant que par le passé.

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