Seconde chambre du Parlement fédéral belge. Chargé d'un rôle davantage de chambre de réflexion que d'assemblée législative, le Sénat a des compétences sensiblement plus réduites que celles de la Chambre des représentants.
Autres appellations : Belgische Senaat, Belgische Senat
Au fil de son histoire, qui a débuté en 1831, le Sénat a connu de nombreuses et profondes réformes quant à sa composition, à ses compétences et à son fonctionnement. À l'origine, il se distinguait de la Chambre des représentants par des prérogatives légèrement moindres et, surtout, par un mode de composition plus élitaire (à savoir que seuls les citoyens les plus fortunés du pays, âgés de plus de 40 ans, y étaient alors éligibles). Par la suite, la mince discrimination juridique entre les compétences du Sénat et celles de la Chambre des représentants a été abolie (en 1921). Quant à la composition de la haute assemblée, elle a évolué à plusieurs reprises, notamment, d'une part, par l'adjonction de sénateurs provinciaux et de sénateurs cooptés aux sénateurs élus directement et aux sénateurs de droit (les enfants du souverain régnant) et, d'autre part, par l'alignement des conditions d'éligibilité sur celles en vigueur pour la Chambre.
À partir de la quatrième réforme de l'État, les compétences du Sénat ont été restreintes, la Chambre des représentants prenant l'ascendant sur la seconde assemblée du Parlement fédéral, notamment pour contrôler l'action du gouvernement fédéral. Des sénateurs de Communauté ont en outre fait leur apparition, les sénateurs provinciaux disparaissant concomitamment. La sixième réforme de l'État a marqué une nouvelle étape importante dans la transformation du Sénat.
Aujourd'hui, celui-ci demeure l'une des deux chambres du Parlement fédéral. Ses attributions sont sensiblement plus réduites que celles de la Chambre des représentants. Ainsi, il n'exerce qu'une fraction des compétences législatives. Par ailleurs, le Sénat est une assemblée des entités fédérées et une chambre de réflexion.
L'essentiel du processus législatif, la totalité du contrôle politique et le vote du budget appartiennent exclusivement à la Chambre des représentants. Le Sénat n'est compétent sur un pied d'égalité avec la Chambre que dans certains domaines : déclaration de révision de la Constitution, révision de la Constitution, matières devant être réglées par les deux chambres fédérales en vertu de la Constitution, lois spéciales, lois relatives à l'organisation du Sénat et au statut de ses membres, lois relatives au financement des partis politiques et au contrôle des dépenses électorales, etc. Le Sénat n'a de droit d'initiative (déposer des propositions de loi) que dans ces matières. Pour certaines lois, le Sénat se voit transmettre tout projet adopté par la Chambre des représentants. Si la majorité des sénateurs le demande – avec au moins un tiers des membres de chacun des deux groupes linguistiques –, le Sénat examine le projet de loi en question. Même s'il décide qu'il y aurait lieu d'amender le texte, le pouvoir du dernier mot appartient à la Chambre, qui est libre de ne pas suivre l'avis du Sénat. Le principe par défaut est donc celui de lois pour lesquelles la Chambre est seule compétente, à l'exclusion du Sénat.
Le Sénat est l'assemblée des entités fédérées (selon le principe de participation inhérent au fédéralisme). Dans ce cadre, il détient la mission exclusive de se prononcer, par voie d'avis motivé, sur les conflits d'intérêts survenant entre assemblées. En revanche, il n'est pas compétent en ce qui concerne les conflits d'intérêts survenant entre exécutifs. Par ailleurs, le Sénat n'a aucunement le pouvoir d'imposer une décision aux assemblées concernées ; il peut juste jouer un rôle d'arbitrage ou de conciliation.
À la demande d'un quart de ses membres, ou à celle de la Chambre des représentants, d'un parlement régional ou communautaire ou du Roi (c'est-à-dire du gouvernement fédéral), le Sénat peut décider « qu'une question, ayant également des conséquences pour les compétences des Communautés ou des Régions, fasse l'objet d'un rapport d'information ». Pour être prise, cette initiative doit faire l'objet d'un large consensus au Sénat : elle doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés, avec au moins un tiers des suffrages exprimés dans chaque groupe linguistique. De cette compétence, nombre de mandataires politiques et d'observateurs de la vie politique ont tiré la conclusion – non inscrite comme telle dans la Constitution – que le Sénat constitue une chambre de réflexion sur certains grands thèmes de société.
Le Sénat est composé de 60 sénateurs : 50 élus indirectement (désignés par et parmi les membres des parlements régionaux et communautaires) et 10 cooptés (désignés par les premiers). Il ne compte plus d'élus directs (ni de sénateurs de droit).
Assemblée non permanente, le Sénat se réunit au maximum huit fois par an en séances plénières ordinaires. Cependant, le bureau du Sénat a la possibilité de convoquer des séances plénières extraordinaires.
Le Sénat n'est dissous ou entièrement renouvelé anticipativement que dans deux cas : après l'adoption d'une déclaration de révision de la Constitution ou après la nomination d'un régent en cas de vacance du trône. Pour le reste, la durée du mandat sénatorial est en principe de cinq ans.
De longue date, divers acteurs politiques prônent la suppression du Sénat (et, donc, l'instauration d'un monocaméralisme). Ce projet d'abolition de la seconde chambre connaît une vigueur nouvelle depuis les quatrième et surtout sixième réformes de l'État. La disparition du Sénat figure dans l'accord du gouvernement fédéral De Wever installé en février 2025.
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